Devis, labels, crédits… Les conseils pour éviter les pièges de la rénovation énergétique

Devis, labels, crédits… Les conseils pour éviter les pièges de la rénovation énergétique

août 12, 2020 Non Par admin


Les labels RGE ne sont valables que pour un domaine de travaux (illustration) — Wolfgang Eckert
  • La DGCCRF a publié cette semaine son rapport annuel, dans lequel elle indique avoir constaté des manquements dans plus de la moitié des entreprises de la rénovation énergétique contrôlées.
  • Le démarchage et les techniques employées sont mis en cause depuis de nombreux mois par les associations de consommateurs.
  • L’UFC-Que choisir appelle les consommateurs à la vigilance et à se renseigner avant chaque étape des travaux de rénovation.

Samedi 25 juillet, Emmanuelle Wargon, ministre déléguée au Logement, annonçait l’ouverture de la
prime à la rénovation énergétique à tous les foyers, quels que soient leurs revenus. Hasard du calendrier, la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (
DGCCRF), lors de sa conférence annuelle lundi, a mis en avant son étroite surveillance des acteurs du marché de la rénovation énergétique.

L’institution indique avoir contrôlé 469 entreprises du secteur en 2019, et a constaté des « anomalies » chez plus de la moitié (56 %). Les manquements concernaient les droits des consommateurs, des règles relatives à l’information sur les prix, les conditions de vente, les crédits et sur l’usage de pratiques commerciales trompeuses. Pour parer à ces pratiques, 20 Minutes a demandé conseil à Matthieu Robin, chargé de mission secteur financier à
l’UFC-Que choisir.

Les pièges des démarcheurs

Le démarchage, notamment téléphonique, est un problème soulevé par l’association de consommateurs depuis plusieurs années. Et le secteur de la rénovation énergétique ne fait pas exception, puisque l’UFC-Que choisir indique recevoir « environ 10.000 plaintes par an » à ce sujet, dont un tiers concerne le démarchage téléphonique. Si la loi Naegelen, publiée au Journal Officiel ce 25 juillet, devrait freiner certaines ardeurs, Matthieu Robin délivre tout de même quelques conseils aux consommateurs : « La première chose à faire est… de ne rien faire. Il ne faut pas se précipiter et surtout ne rien signer. »

Pour le spécialiste, le premier réflexe à avoir est de demander un diagnostic de performance énergétique (DPE). Fenêtres, combles, chaudière… Cette procédure permet de connaître les points à améliorer dans son habitat. Ce diagnostic doit être réalisé par un diagnostiqueur certifié par le COFRAC. « Si l’on se fie au démarcheur, il conseillera de changer les fenêtres s’il vend des fenêtres… », explique Matthieu Robin.

Une fois le DPE effectué, le choix du professionnel est primordial. Matthieu Robin conseille de demander des devis à au moins trois entreprises différentes pour se faire une idée des tarifs appliqués dans la région. L’expert met en garde toutefois sur les informations reçues : « Il faut s’assurer que le professionnel différencie bien le prix des équipements de celui de la main-d’œuvre. Les subventions comme le crédit d’impôt transition énergétique ne portent que sur les équipements. » L’expert conseille également de vérifier la dénomination des équipements, car tous ne sont pas éligibles aux aides.

Attention aux labels et certifications

En parallèle des devis, il est nécessaire de s’assurer que les entreprises disposent bien du label RGE (Reconnu garant de l’environnement). « Beaucoup prétendent à tort en disposer, ou alors, elles n’ont pas le bon », alerte Matthieu Robin. En effet, ce label est attribué par domaines de travaux ; une entreprise peut l’avoir pour les fenêtres, mais pas pour les panneaux solaires. Mieux vaut alors s’assurer que celui-ci concerne les travaux à venir.

Par ailleurs, l’UFC-Que Choisir met en garde contre les démarcheurs qui se prévalent d’un partenariat avec des institutions comme l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Or ce type de partenariat n’existe pas. Pas plus que l’obligation de travaux d’isolation, sous peine d’amende, qu’avancent certains professionnels.

Les crédits affectés, des coûts cachés

Les travaux d’isolation sont onéreux : 25.000 euros en moyenne, selon l’UFC-Que choisir. Pour financer de tels investissements, les professionnels du secteur peuvent proposer un crédit affecté. Toutefois, certains préfèrent taire son existence et le soumettent au client sans l’en informer, comme l’explique Matthieu Robin : « Le professionnel fait signer au consommateur une liasse de document qui contient de nombreux éléments des travaux, et au milieu peut se trouver l’offre de crédit. » Contrairement aux règles qui imposent une enquête de solvabilité par le démarcheur, via une fiche de dialogue qui recense les revenus et charges du client, Matthieu Robin raconte que certains se permettent de remplir eux-mêmes cette fiche, « en intelligence avec les établissements de crédit ». L’expert conseille ici de bien lire les documents avant de les signer et de consulter son établissement bancaire pour connaître ses offres en la matière, « souvent bien moins chères », et de se renseigner sur l’éco-PTZ (
Prêt à taux zéro).

Si le crédit affecté est signé, l’établissement de crédit doit envoyer un courrier récapitulatif dans les 7 jours. Il est alors toujours possible de s’y opposer. Un délai de rétractation de 14 jours se met en place à ce moment s’il est stipulé sur le bon de commande. Matthieu Robin précise : « Si aucune faculté de rétractation n’est précisée, le client peut se rétracter à tout moment. »

C’est à la fin du bal qu’on paie les musiciens

Une fois la prestation commandée, il est possible que le professionnel se présente le premier jour des travaux et demande une signature sur « l’attestation de fin de travaux ». « Il ne faut surtout pas la signer avant la fin complète de la prestation », alerte Matthieu Robin. Cette attestation, une fois signée, permet à l’établissement de crédit de débloquer les fonds pour payer le professionnel. « Cela ne doit pas être fait avant de vérifier que tous les travaux sont bien achevés. » L’UFC-Que choisir ajoute qu’aucun acompte ne peut être versé avant la réalisation de la prestation.

Les consommateurs intéressés par des travaux de rénovation énergétique peuvent se renseigner sur les démarches et les professionnels sur le site gouvernemental Faire.gouv.fr​ et se faire accompagner par les agences locales de l’UFC-Que Choisir.



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